Le secret de l'étrangleur
Par Bruno, lundi 16 octobre 2006 à 20:21 :: BD :: #25 :: rss
Que peut-on encore dire sur Jacques Tardi? A soixante ans, véritable institution de la bande dessinée française, auteur à la fois populaire et célébré par les critiques, il est le créateur d'Adèle Blanc-Sec, l'adapteur de nombreux romans (les Nestor Burma de Léo Malet, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit de Céline chez Futuropolis, Le cri du peuple de Vautrin, La Der des ders de Daeninckx, etc.) et son univers est irrémédiablement lié au passé de l'Hexagone, de la Commune aux années cinquante en passant par la Première Guerre mondiale. Après le polar Le petit bleu de la côte ouest d'après Manchette, Le secret de l'étrangleur, son nouvel album, ne fait pas exception à la règle.
Le passé que revisite inlassablement Tardi, c'est celui du peuple, des petites gens. Celui des révoltés de la Commune, des victimes de la Grande Guerre ou de la violence économique. Avec toujours ces caractéristiques: un humour sans faille et une reconstitution scrupuleuse de l'époque. Et le décor du Secret de l'étrangleur, c'est le Paris de 1959, où le brouillard recouvre les rues désertées par les policiers en grève. Les circonstances idéales pour commettre le meurtre parfait. Voire, tant qu'on y est, les meurtres parfaits! Valentin Esbirol, libraire spécialisé en romans policiers, va mettre son plan à exécution, avec pour témoin un adolescent à l'imagination fertile et au beau-père commissaire...
Pour ce nouvel opus, Tardi et Casterman, son éditeur, avaient eu une belle idée: adapter le roman Monsieur Cauchemar de Pierre Siniac et publier l'histoire en cinq épisodes, de mars à août, sous la forme d'un journal grand format à la Une accrocheuse (sur l'Etrangleur évidemment) et aux articles (critiques ciné par Michel Boujut, billets d'humeur) plus vrais que nature. Une manière ludique et bon marché de renouer avec l'esprit des feuilletons d'antan. Pour le passage en album cartonné, L'étrangleur devient Le secret de l'étrangleur. Et il n'y a pas que le titre qui change: si on perd la mise en page du journal, le trait de Tardi gagne en finesse - réduction de format oblige. Le lecteur se voit même offrir plusieurs fins inédites! L'initiative est certes amusante, mais pas très sympa pour ceux qui ont acheté les épisodes séparément. Mercantilisme quand tu nous tiens! (Sans parler de la version luxe avec DVD!)
Alors, et ce nouveau cru, que vaut-il? Et bien, c'est du pur Tardi, avec ses qualités et ses limites. Ses qualités: le dessin noir et blanc, la fantaisie de l'intrigue, la gouaille des personnages. Sa limite: justement parce que c'est du "100% Tardi", l'album ne surprend guère. On le lit sans déplaisir aucun, mais sans enthousiasme débordant non plus. Le secret de l'étrangleur s'avère donc une sympathique récréation (ce qui est déjà pas mal) que savoureront les lecteurs familiers de l'univers de Tardi qui ne seront pas dépaysés pour un sou. Aux autres, on conseillera plutôt Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, une héroïne forte en gueule qui affronte dans le Paris de la Belle Epoque des créatures monstrueuses, des assassins pervers et autres savants fous! La série est disponible chez Librio: un format poche à tout petit prix, une impression noir et blanc sur du papier de mauvaise qualité, ça c'est du populaire mon bon monsieur!

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