BIFFF 2006: l’horreur venue du froid
Par Virginie, mercredi 26 avril 2006 à 17:31 :: Cinéma :: #14 :: rss
C’est donc le samedi 25 mars que s’est clôturé le vingt-quatrième Festival International du Film Fantastique de Bruxelles après deux semaines d’une programmation aussi riche que variée. Mais, avec pas moins de 158 films venus des quatre coins du monde, que retenir absolument de cette cuvée 2006 et surtout qu’éviter de toute urgence?!
Le jury international, chargé de la lourde tâche de décerner le Corbeau d’Or (le Grand Prix), était composé cette année, de Monsieur Michael Ironside (qui a très vite appris à crier « LA PORTE! »), acteur bien connu du genre puisqu’il a joué dans Scanners de Cronenberg et Total Recall et Starship Troopers de Verhoeven, pour ne citer que ceux-là. A ses côtés, nous retrouvions aussi Philippe Nahon, incarnant très souvent des personnages de psychopathes, notamment dans Haute tension d’Alexandre Aja et Calvaire de notre compatriote Fabrice Du Welz; Rob Schmidt, réalisateur de Wrong Turn; ainsi que Matthew Robbins, scénariste de The Sugarland Express, premier film de Spielberg. Bref: si pas des maîtres du genre, en tout cas des spécialistes.
Cette année, la surprise vient du froid, et plus précisément du Danemark, puisque le grand gagnant est Adam’s Apples (Les pommes d’Adam) qui rafle à lui tout seul l’entièreté des prix : le Corbeau d’Or de la compétition internationale, le Prix du public et le Méliès d’Argent de la compétition européenne. Une véritable consécration pour un film quasi inconnu et une grande première dans l’histoire de BIFFF: seuls Army of Darkness de Sam Raimi, El dia de la bestia d’Alex de la Iglesia et Dog Soldiers de Neil Marshall avaient presque réussi cet exploit en leur temps!
Son réalisateur, Anders Thomas Jensen, n’est pas un inconnu du festival. En 2004, il avait déjà reçu le Méliès d’Argent avec son deuxième film The Green Butchers (Les bouchers verts) contant l’histoire de deux amis bouchers qui, à la suite d’un accident de chambre froide ayant malencontreusement coûté la vie à un électricien, décident de se débarrasser du corps en l’écoulant comme viande marinée. Contre toute attente, c’est un succès et la boucherie est littéralement prise d’assaut par les clients ravis. Nos deux compères vont alors être pris dans un engrenage: devoir trouver de nouvelles « pièces » à servir à leurs clients! Petit délice d’humour noir, The Green Butchers était particulièrement savoureux. Personnages atypiques, mise en scène classique mais extrêmement soignée: ce petit film se laissait voir avec un plaisir certain.
Avec Adam’s Apples, Anders Thomas Jensen, nous confirme ses talents de conteur. Adam, néo-nazi pur et dur (crâne rasé, svastika tatoué sur le bras,…) voit sa peine de prison commuée en peine de service civil auprès d’Ivan, un prêtre de campagne qui a transformé sa paroisse en centre de réhabilitation pour délinquants. Leur cohabitation va très vite s’avérer difficile, les tentatives d’Adam pour « foutre le bordel » se heurtant au mur d’optimisme sans faille d’Ivan.
Loin d’être une fable moralisatrice et manichéenne du bien contre le mal, ce film est un vrai conte absurde! Totalement inattendu et imprévisible, il nous emmène un peu plus à chaque scène là où on ne l’attend pas. Histoire de personnages, d’une « amitié » improbable mâtinée d’un humour noir jubilatoire, c’est un vrai petit bonheur d’une heure trente.
La programmation du BIFFF nous livrait aussi cette année le dernier film du réalisateur ibérique Jaume Balaguero. Avec ses deux précédents films, La secte sans nom et Darkness, celui-ci nous avait habitué à des films fantastiques angoissants où la photographie instillait une atmosphère particulièrement ténébreuse. Autant dire que son dernier film, Fragile, était attendu avec impatience par les amateurs du genre.
L’action se passe sur l’île de Wight, à hôpital pour enfants Mercy Falls, vieux de plusieurs siècles et en passe d’être désaffecté. Un accident va empêcher que les quelques enfants encore présents ne soient transférés dans le nouvel hôpital. Amy (Calista Flockart) va être engagée en service de nuit pour veiller sur les enfants. Très vite, des éléments inexplicables vont se manifester et une des petites filles, Maggie, va la mettre en garde contre la « mechanic girl », fantôme d’une petite fille hantant l’hôpital.
Balaguero confirme son attachement aux personnages emprunts de mal-être, dépressifs. Formidable directeur d’acteur, à travers un casting qui pouvait sembler casse-gueule (Calista Flockhart, Richard Roxburgh) il nous dépeint des personnages réels, avec une épaisseur émotionnelle palpable. L’interprète d’Ally McBeal est ici parfaite dans le rôle d’une femme en apparence fragile, éthérée, mais qui va peu à peu s’étoffer d’une détermination et d’une force intérieure. Loin de nous jouer la carte d’une horreur graphique immédiate, il nous distille tout au long du film une peur plus subtile, plus proche de l’angoisse. La photographie de Xavi Gimenez, superbe comme toujours (particulièrement le passage à l’étage désaffecté), baigne le film d’une ambiance mélancolique et inquiétante, et la scène finale du « baiser » élève le film à la beauté d’un conte. Fragile mérite de se vider la tête de tous ces standards hollywoodiens pour jeunes en mal de frissons aseptisés, et de se laisser porter par ce film de fantômes « romantique » dans le sens littéraire du terme.
Pour la terreur pure, il fallait chercher du coté de la Thaïlande, avec le film Shutter. Bonne petite surprise, puisqu’avec son histoire au départ très conventionnelle et surtout galvaudée de fantômes asiatiques classiques, on n’en attendait pas grand chose! Pourtant, sans révolutionner le genre, le film, même s’il n’évite pas quelques poncifs, arrive à trouver un nouvel angle d’approche tout à fait original (les photos de fantômes) et, par une mise en scène soignée, à instaurer une atmosphère poisseuse et angoissante. A noter: une fin lorgnant du coté du twist purement glaçante. Une bonne surprise de ce festival donc.
Etait aussi projeté au BIFFF The Devil’s Rejects, deuxième film du bien allumé Rob Zombie, bien connu des amateurs de musique gothique pour son groupe White Zombie. Connaissant le monsieur, grand fan de films d’horreur (le nom de son groupe faisant référence à un des tout premiers films de zombie, avec un Bela Lugosi au meilleur de sa forme), l’annonce de sa décision de réaliser son premier long métrage fut une excellente nouvelle pour les amateurs du genre. House of 1000 Corpses, du propre aveu de Rob Zombie, avait pour vocation d’être un croisement entre Evil Dead et Massacre à la tronçonneuse. Pari plus que gagné pour ce film qui nous contait les « aventures » sanglantes d’une bande de jeunes aux prises avec une famille de psychopathes du sud profond des Etats-Unis. Avec un visuel mélange d’Evil Dead et des clips de Rob Zombie (pour les connaisseurs), une ambiance surréelle malsaine et une réalisation parfaite, House of 1000 Corpses figure immédiatement parmi les films cultes du cinéma d’horreur. Malheureusement non sorti en salles dans nos contrées, le film n’est visible qu’en DVD zone 1.
Avec The Devil’s Rejects, Rob Zombie persiste et signe! Dans ce deuxième opus, nous retrouvons les personnages du premier mais, loin d’être une vulgaire suite, le film s’engage sur une autre voie, celle du road movie sanglant. Le sheriff Wydell a décidé de mettre les grands moyens et a réussi à assiéger la maison de la famille psychopathe Firefly. Réussissant à sortir de l'embuscade, Otis et Baby se cachent dans un motel où ils espèrent retrouver leur père, Captain Spaulding, non sans dézinguer quelques rednecks au passage. Sauf que Wydell, lui, n'a pas dit son dernier mot et est bien décidé à mettre toute la progéniture en prison.
Renouant avec le cinéma des années septante, Rob nous livre un film sans concession, glauque et poisseux sans se départir de son humour noir et de son ironie. La réalisation, toujours aussi soignée, cette fois accompagnée d’une excellente bande-son faisant la part belle au rock seventies, nous fait raisonnablement penser que ce monsieur peut d’ores et déjà figurer au panthéon des maîtres du genre.
Voilà donc pour cette année 2006! Il n’y a plus qu’à espérer que la cuvée 2007 nous livrera elle aussi sa dose de frissons et, en attendant, jetons-nous sur les DVD de ces petites perles de noirceur!

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