Orbital (1) Cicatrices
Par Xavier, mardi 25 avril 2006 à 22:31 :: BD :: #12 :: rss
Runberg et Pellé nous livrent ce mois-ci le premier opus d'une série dont on attend beaucoup. Présenté comme un renouvellement majeur de la BD de science-fiction, Orbital nous emmène rejoindre Caleb et Mézoké, agents diplomatiques (musclés!) de l'ODI dans leur première mission.
Au XXIIIe siècle, les humains ont enfin fait connaissance avec d'autres civilisations galactiques. Pour se rendre compte qu'ils étaient bien en retard sur leurs lointains voisins et qu'on les considérait plutôt là-haut comme des espèces de barbares sous-développés. C'est donc un événement important lorsque Caleb est le premier de sa race à être nommé agent de l'Office Diplomatique Intermondial. Il devra affronter le racisme de ses collègues extraterrestres mais pourra compter sur sa/son partenaire Mézoké pour le soutenir. Cette créature Sandjarr, dont on ne connaîtra probablement jamais le sexe (malgré des traits très sympathiquement féminins mais il paraît que ça ne veut rien dire chez les Sandjarr) est en en effet taiseuse mais redoutablement efficace. Ils forment un binôme, la forme d'organisation normale des équipe de diplomates de l'ODI, une alliance presque symbiotique. En plus dans ce cas, c'est symbolique puisque les humains ont en d'autre temps exterminés les Sandjarrs. Leur première mission les emmènera dénouer un sac de noeuds autour d'une exploitation illégale de minerai sur un astéroïde reculé.
Disons-le tout net, Orbital n'est pas un renouvellement radical. Ce serait exagérer de le dire. Par contre, c'est une épopée, une vraie, du Space Opéra dans la grande tradition avec un univers riche et cohérent qui recèle bien des surprises et des subtilités. Action et suspens, finesses techniques et éléments ethniques complexes se mèlent pour notre plus grand bonheur. On retrouve là la patte de Sylvain Runberg (qui scénarisera aussi le prochain Mic Mac Adam et à qui on doit Les Colocataires, deuxième tome à paraître le mois prochain). Le dessin est quant à lui maîtrisé, abouti, profond. Une telle maîtrise pourrait presque étonner tant la carrière de Pellé est courte en BD (Le Grand Chambardement en 1996 sous le pseudo de Torgnoli). C'est en tout cas décapant. Évidemment, c'est si riche qu'en 54 planches on ne va pas très loin dans l'action proprement dite. Et de rester sur notre faim avec une dernière planche qui ressemble furieusement au climax de l'histoire. Quel suspense! On ose à peine imaginer qu'il va falloir attendre un an pour la suite (Ruptures, deuxième tome, à paraître au printemps 2007). C'est un bémol. Mais il est mineur tant on se laisse prendre à cette histoire épique. On pense à Sillage pour le côté saga spatiale, mais ce serait faire injure à Orbital que de les comparer. Ici on est dans un vrai récit pour adultes avec du muscle, du sang et de la sueur. On pense à Valérian pour le côté débridé de la création, et bien sûr à Bilal pour les couleurs, les formes, les ambiances.
J'en profite pour signaler que cet album, paru chez Dupuis, collection "Repérages", est présenté dans un format un peu plus grand que le 20x30 traditionnel. Il semble donc que Dupuis adopte définitivement un format variable pour la collection, histoire sans doute de signaler quels albums sont "pour les grands" (ils sont plus grands). Ou alors de rendre un hommage spécial au talents de certains créateurs de série… Allez savoir. Toujours est-il que c'est un grand bonheur, ce Orbital, à lire et relire avec gourmandise. Vivement dans un an qu'on se régale à nouveau.

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