Loisel nous revient, mais pas seul. Côté dessin, il travaille en symbiose avec son pote Jean-Louis Tripp, avec qui il partage son studio de Montréal depuis 2003. Les deux compères s'entendent à merveille au point qu'il est difficile de savoir qui a dessiné quoi. D'ailleurs c'est souvent un mélange, ils se partagent crayonné, encrage, finitions, décors et couleurs sans ordre préétabli. Le dessin s'en ressent, aucunement confus mais richissime et doux. Ceux qui connaissent l'un des deux auteurs individuellement retrouveront son trait, mais modifié, plus lui-même que s'il était seul. Un travail étonnant.

L'histoire, elle, nous plonge dans une époque certes difficile (l'album commence par un deuil, quand même) mais avec des gens sympa et une ambiance très croquignole. On sent bien que ce premier tome est surtout une mise en place (il y a au moins trois volumes prévus dans la série) mais ce n'est pas dérangeant tant l'univers est riche. Riches aussi les dialogues, pour lesquels Tripp et Loisel ont fait appel à un "local", Jimmy Beaulieu, qui fait sonner le québecois comme jamais. Ça reste lisible (c'était important) mais c'est savoureux et surprenant. Une vraie réussite.

Un très bon article sur le Réseau Canoë :
Magasin Général

Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, "Magasin Général, tome 1 : Marie", Casterman, 2006.