A tout seigneur, tout honneur : penchons-nous tout d’abord sur le palmarès. Le jury international était cette fois-ci présidé par Udo ‘j’assiste aux projections avec ma bière’ Kier et composé d’Amanda ‘Honey Buney’ Plummer, de l’Australien Richard Franklin (Patrick, F/X2), du Japonais Sogo Ishii (Electric Dragon 80.000V, Dead End Run) et du régional de l’étape Fabrice du Welz (Calvaire). Cela devient une habitude, cette année encore, les productions asiatiques – et singulièrement japonaises – ont tiré leur épingle du jeu. On imagine que le juré Sogo Ishii a su convaincre ses petits camarades des qualités des films de son Pays du soleil levant natal ! Le Corbeau d’Or (alias le Grand Prix) a ainsi été remis à Marebito de Takashi Shimizu (Ju-On, The Grudge). Dans ce film tourné rapidement en DV juste avant The Grudge, un cameraman free lance obsédé par la peur (incarné par Shynia Tsukamoto, tiens tiens…) découvre au fil de ses explorations dans les couloirs du métro de Tokyo une porte conduisant en Enfer, où il rencontre une jeune femme nue et enchaînée qui se nourrit exclusivement de sang… Les deux Corbeaux d’Argent reviennent quant à eux à Vital de Shinya Tsukamoto (encore lui !) et Night Watch (Nochnoi Dozor) de Timur Beckmambetov. Dans Vital, l’auteur de Tetsuo et Tokyo Fist nous conte l’histoire d’Hiroshi, devenu amnésique suite à un accident de voiture, qui décide de reprendre ses études de médecine légale. En salle de dissection, il va rapidement s’apercevoir qu’il connaît le cadavre sur lequel il travaille…


Marebito

La récompense à Night Watch a de quoi surprendre. Ce blockbuster russe – relativement à l’industrie locale en tout cas – est présenté comme « the box office killer » qui a surpassé le succès du Retour du roi et Spider-Man 2 dans son pays natal, au point que la Fox a décidé de le distribuer dans le reste du monde. Pourquoi un tel engouement ? Premier élément : un scénario simple et qui a fait ses preuves, tiré du premier tome d’une trilogie best seller brassant des concepts aussi novateurs que le vampirisme et l’éternel combat entre le Bien et le Mal. Jugez plutôt : il y a des siècles, les forces du Bien et du Mal ont établi un pacte pour éviter leur destruction mutuelle. D’un côté, les « Autres » assurent une veille de nuit (« Night Watch » donc) et protègent l’humanité des vampires et autres vilains sorciers. De l’autre, ces derniers contrôlent les « Autres » lors de la veille de jour qu’ils effectuent. Mais, de nos jours, le fragile équilibre de cette trêve est sur le point d’être rompu à Moscou. De quoi peut-être replonger le monde dans une nouvelle guerre sans merci entre la Lumière et les Ténèbres car, une vieille prophétie l’a annoncé, un « Autre » doté de puissants pouvoirs va être tenté par le Côté obscur... Tout un programme hein ! Seconde explication de ce succès : une mise en scène hyper dynamique qui se la joue à la Wacho Bros./Fincher, à gros coups de ralentis, bullet time et plans impossibles (et gratuits) en synthèse. Une mise en scène qui constitue la force et la faiblesse du film à la fois. La réalisation hollywoodienne est certes efficace mais impersonnelle et, du coup, l’œuvre y perd en âme : langue et écriture cyrillique mises à part (le jeu avec les sous-titres est d’ailleurs très inventif), rien ne laisse deviner qu’on est en Russie... Dommage. Au final, Night Watch se laisse donc apprécier comme une sympathique petite série B, se classant néanmoins plus près d’Underworld que de Blade. N’empêche, après l’avoir vu, on se dit tout de même que c’est exactement le genre de film qu’on est incapable de produire en Europe, surtout pour un budget d’à peine 4 millions de dollars… Le deuxième volet de la trilogie s'intitulera Day Watch. Et elle s’achèvera par Dusk Watch, qui sera financé par la Fox et tourné en anglais.


Night Watch

Le jury européen a quant à lui décerné le Méliès d’Argent à Hypnos de David Carreras, avec une mention spéciale à Nuit noire, premier long métrage du Belge Olivier Smolders, « pour son traitement visuel, l’atmosphère étrange et surréelle qui se dégage du film ». Le jury du 7ème Parallèle, présidé par Jan Bucquoy, a distingué The Taste of Tea, portrait loufoque et poétique de la famille Haruno, de Katsuhito Ishii (Shark Skin Man and the Peach Hip Girl) parmi les films plus « pointus » de cette sélection alternative. Enfin, les abonnés du Festival ont, sans trop de surprise, attribué le Prix du Public, le Pégase, à Saw. Le premier film de James Wang était évidemment l’un des plus attendus et n’a pas déçu, malgré quelques faiblesses narratives qui déforcent sa cohérence et son intensité. Récompense logique donc, même si on aurait préféré voir une œuvre moins « évidente » mise en valeur par les fans.


The Taste Of Tea

Autre moment-clé du festival, la projection en avant-première mondiale de Paul Schrader’s Exorcist : The Original Prequel, présenté par le réalisateur en personne, qui était accompagné d’une bonne partie du casting. C’est bien sûr peu dire que l’on attendait de pied ferme cette œuvre maudite pour enfin voir et comprendre ce qui a tant désarçonné les producteurs de Morgan Creek. Le topo : 1944, Lankester Merrin (Stellan Skarsgard), curé de paroisse en Hollande, est forcé par des Nazis de désigner qui de ses paroissiens aura la vie sauve. Traumatisé et brisé, Merrin connaît une profonde crise de foi. Trois ans plus tard, devenu archéologue, il fait une découverte saisissante à Derati, au Nord-Ouest du Kenya. Il y déterre une ancienne église byzantine dans un état de conservation étonnant : elle semble avoir été enterrée directement après avoir été construite. Le jeune Père Francis (Gabriel Mann – ce personnage est incarné par James D’Arcy dans la version de Renny Harlin) est alors dépêché sur place, avec pour mission de surveiller les travaux de Merrin. Sur le lieu des fouilles, apparaît Cheche (Billy Crawford… Même avec beaucoup d’imagination, je ne comprends toujours pas ce qu’un Philippin est censé foutre en Afrique noire…), un mendiant handicapé en quête d’eau. Le même soir, Merrin retrouve Cheche blessé dans le village et l’emmène à la clinique. L’intérieur de l’église est gardé par des statues géantes et les murs sont couverts de mosaïques représentant la Guerre Céleste, les Archanges Michel et Lucifer. Sous l’église, Merrin et Francis découvrent une crypte ancienne qui a été utilisée pour des rites sataniques et des sacrifices. Merrin soupçonne que l’église a été construite sur une crypte renfermant le Malin et servant à l’enterrer. Etrangement, Cheche semble être affecté par l’ouverture de la crypte... Le pitch posé, autant dire tout de suite que cet Exorciste version Schrader est une sacrée déception ! On perçoit bien l’intention du réalisateur de se pencher sur les thèmes de la foi et de la culpabilité à travers Merrin, ou encore de mettre en parallèle rites catholiques et païens. Mais là où le bat blesse, c’est qu’elles ne tranparaissent pas du tout à l’écran et, à aucun moment, on ne se sent concerné par les interrogations existentielles se voulant déchirantes du personnage incarné par un Stellan Skarsgard atone. Le rythme étant aux abonnés absents lui aussi, on ne peut pas se consoler du côté du déroulement de l’intrigue. Pour tout dire, il ne se passe strictement rien pendant la première heure, ce qui relève de la gageure pour un film d’horreur qui ose s’intituler L’exorciste. Et ce n’est pas mieux au rayon des effets spéciaux : on sent en permanence que la post production a été un brin chaotique. On s’ennuie ferme quoi… Du coup, on a tout le temps d’admirer les superbes paysages africains, magnifiquement mis en lumière par le chef op’ Vittorio Storaro (L’oiseau au plumage de cristal, Apocalypse Now) et les décors parfois limite carton pâte des studios de Cinecitta. Jusqu’à l’exorcisme final vite expédié et aussi crédible qu’une messe dite en verlan. Et, cerise sur le gâteau bénit : cela devient carrément ridicule lorsque Billy Crawford, chauve et possédé, se met à flotter devant un halo bleu. Bref, on éprouve de la peine pour Paul Schrader qui a dû en baver, mais son film, morne et bancal, ne méritait même pas de subir un tel martyre. Et on se demande ce qui a bien pu passer par la tête des producteurs lorsqu’ils l’ont engagé, alors que leur seul but était de s’en mettre plein les poches grâce à une franchise juteuse…


Paul Schrader’s Exorcist : The Original Prequel

Heureusement, le cinéma américain nous a tout de même offert quelques bonnes surprises, malgré (ou grâce à ?) de bien plus modestes ambitions, mais un total respect du genre. On ne va pas revenir trop longuement sur le jeu de massacre Team America : World Police, qui a les défauts de ses qualités : du pur délire jouissif 100% Parker et Stone dont on ne se lasse pas (« America! Fuck! Yeah! »), mais à la mécanique aux airs de déjà vu, comme par exemple l’irrésistible chanson eighties « Montage » reprise de l’épisode « Aspen » de South Park.


Team America : World Police

Délire aussi le Dead & Breakfast écrit et réalisé par Matthew Leutwyler : en route pour le mariage de leur amie Kelly (Portia De Rossi), six amis (dont Jeremy Sisto et Gina Philips) s’arrêtent à Lovelock, un bled paumé, pour passer la nuit dans un « bed and breakfast » tenu par un vieil homme mystérieux (David Carradine nous gratifie d’une apparition pour faire plaisir à sa nièce Ever qui tient l’un des rôles principaux). Le lendemain matin, ce dernier et l’un des membres de la bande de potes sont retrouvés baignant dans leur sang. Nos djeuns amis se retrouvent donc coincés au milieu de nulle part et soupçonnés par le shérif local. Mais, rapidement, les habitants de la petite ville vont se transformer en zombies et tenter d’envahir la maison dans laquelle s’est retranché le reste de la bande, armée de quelques flingues, une vieille tronçonneuse et un bidon d’essence. Pas question ici de se prendre le chou, place à la rigolade ! A ranger du côté d’Undead et une division en-dessous du terrible Shaun of the Dead (Brit zombies rule !), Dead & Breakfast est une chouette comédie gore qui, sans être un chef-d’œuvre inoubliable, joue habilement avec les clichés du genre sans s’en moquer. Avec, dans le rôle du narrateur, un pompiste chanteur de country pas piqué des vers !


Dead And Breakfast

Un peu comme le Satan’s Little Helper du revenant Jeff Lieberman (Squirm, Blue Sunshine) ! Le titre est limpide : le jour d’Halloween, un petit gars fondu de jeu vidéo décide d’aider Satan, son héros virtuel favori, dans ses basses œuvres meurtrières ! Sauf que derrière le masque du démon se dissimule un psychopathe bien réel et surtout bien décidé à faire gicler les high scores de l’hémoglobine… Vous l’aurez compris, on se situe cette fois encore dans le registre de l’humour parodique. Un concentré d’ironie qui, l’air de rien, se fout de la tronche d’une certaine middle class étasunienne, heureusement sans enfoncer trop lourdement le clou du sempiternel sermon « les jeux vidéo c’est pas la réalité, c’est très mal ». Et puis Amanda Plummer est parfaite dans le rôle de la mère déjantée aux penchants pour le cidre un rien trop prononcés ! Dommage que l’on perçoive trop souvent les limites de cette réalisation vidéo : la mise en scène parfois « téléfilm » et le rendu de l’image très moyen gâchent (mais juste un peu) le plaisir qu’on éprouve à assister à cet amoral jeu de massacre.


Satan’s Little Helper

Retour au côté obscur du fantastique avec Shallow Ground, réalisé par Sheldon Wilson qui est également l’auteur du scénario. Dans un coin reculé des USA, le petit commissariat dirigé par le shérif Jack Shepherd ferme boutique, construction d’un barrage et inondation prochaine de la vallée obligent. Les deux adjoints ont plié bagage et sont sur le point de s’en aller, lorsqu’un jeune homme nu fait irruption dans le commissariat. Un petit plaisantin ? L’intrus reste muet, mais vu son corps entièrement couvert de sang frais, on peut en douter… Les événements vont vite dégénérer et se révéler liés à la mystérieuse disparition non-résolue d’une jeune fille l’année précédente. Dès le départ, on est scotché par des images fortes, intriguantes qui créent le malaise et surtout l’envie de connaître le fin mot de l’histoire. Le réalisateur distille les informations au compte-goutte et on n’en finit pas d’imaginer les explications les plus délirantes aux scènes qui se succèdent à l’écran. Et, alors qu’on « marche » sans broncher à un ou deux « deus ex machina » faciles destinés à faire avancer rapidement l’action, un retournement final inutile et terre à terre déboule en laissant un goût de trop peu : « Quoi ?! Ce n’est que ça ? ». Mais bon, on n’en veut pas à Sheldon Wilson, parce qu’il nous offre un trip perturbant et limite animiste qui sollicite en permanence l’imagination du spectateur par une mise en scène et un script exploitant au mieux son maigre budget. Une petite production qui aurait amplement mérité le Prix du public !


Shallow Ground

Riding The Bullet est peut-être bien l’une des toute bonnes surprises de cette édition 2005. On n’en attendait pourtant pas trop du consensuel et télévisuel Mick Garris, pote de longue date avec Stephen King (on lui doit La nuit déchirée, Shining version télé et Le fléau). Erreur : il nous livre tout simplement un de ses travaux les plus aboutis et une des meilleures adaptations du Maître bigleux de l’horreur de ces dernières années ! Tout l’univers de ce dernier s’y trouve concentré, avec une honnêteté et une simplicité confondantes : musique, bagnoles, hippies, pop culture, tout ce qui a fait la jeunesse de King est ici dépeint dans des tons colorés, mélancoliques et parfois nostalgiques, dignes de Christine et Stand by Me. Le personnage principal, un jeune étudiant sur le point de partir à Toronto pour assister à un concert de John Lennon et Yoko Ono, apprend que sa mère vient d’avoir un malaise cardiaque et est hospitalisée. Il décide de la rejoindre sur le champ, prêt à affronter un voyage en stop. Un trip dans tous les sens du terme où, au fil des événements, il revient sur son passé. Et, avec la rencontre de l’effrayant George Staub (David Arquette), il va affronter un dilemme lourd de conséquences… Un film attachant donc, qui même s’il n’est pas vraiment effrayant, n’en est pas pour autant aseptisé. Il contient même une bonne dose d’humour noir ! Le personnage principal, jeune artiste tourmenté et dépressif, ne peut s’empêcher de voir les choses en noir et imaginer le pire, ce qui nous donne droit à quelques faux flash forwards surprenants et cruels. Riding The Bullet mériterait mieux qu’une sortie direct to video…


Riding The Bullet

Du côté des productions européennes, quelques petites déceptions. Par exemple, le survival british Creep de Christopher Smith, au point de départ prometteur : après une fête arrosée à Londres, Kate (Franka Potente) s’endort lamentablement en attendant le dernier métro et se retrouve enfermée dans la station. Par chance, elle s’engouffre dans un ultime métro non répertorié. Mais la rame s’arrête au beau milieu du tunnel et Kate va très vite s’apercevoir qu’il y a quelque chose de pourri au royaume du Tube… L’histoire est donc réduite à sa plus simple expression, ce qui aurait pu être gage d’efficacité. Mais, pour son premier film, Smith se contente hélas d’assurer le service minimum en prenant bien soin d’insérer tous les éléments que l’on s’attend à trouver : un méchant sadique juste ce qu’il faut, des victimes qui clamsent dans un ordre prévisible, une longue course-poursuite et l’explication du « Mais pourquoi est-il si méchant ? » par la découverte de photos et autres indices. Paradoxalement, malgré une photographie qui restitue parfaitement le côté glacial d’un London Underground éclairé au néon et une mise en scène qui gère correctement l’espace de ce labyrinthe souterrain, Smith ne parvient pas à créer la moindre tension ni à générer un quelconque malaise chez le spectateur. On en est réduit à sursauter de temps en temps... Autre gros problème, le personnage de Franka Potente est tellement antipathique qu’on se fout pas mal de ce qui peut lui arriver. Ca la fout toujours mal dans un survival… Du travail honorablement manufacturé mais impersonnel, qui ne se hisse jamais au-delà du mainstream de consommation courante : le genre de film « attraction » sympa à voir entre potes ou, encore mieux, avec une jeune fille impressionnable !


Creep

On se demandait quelle mouche avait bien pu piquer l’Italien Giulio Manfredonia pour qu’il ose commettre un remake d’Un jour sans fin d’Harold Ramis… Après avoir vu It’s Already Yesterday (E Gia Ieri), la question reste sans réponse. Les modifications apportées au scénario original sont cosmétiques : la marmotte est remplacée par des cigognes, la neige de Punxsutawney par le soleil de Tenerife. Pour le reste, c’est de la photocopie pure et simple, les dollars en moins. Heureusement, Antonio Albanese est digne de Bill Murray dans le rôle du présentateur télé tyrannique, cynique et imbu de lui-même. L’exubérance latine en prime ! C’est d’ailleurs cette délicieuse touche méditerranéenne qui sauve le projet de l’insignifiance absolue. N’empêche : pourquoi ???


It’s Already Yesterday

Avec Blood Red (Rojo Sangre), Paul Naschy s’est taillé un scénario sur mesure : l’acteur Paul Thevenet, monstre sacré du cinéma, est oublié de tous et se voit même refusé pour jouer dans des pubs. Sa dernière chance : enfiler les costumes des plus grands assassins de l’Histoire pour servir de statue humaine à l’entrée d’une boîte hyper select et décadente qui a pour propriétaire un certain Reficul (comment ça on ne voit pas où ils veulent en venir ?!). Sous ces déguisements, Thevenet va en profiter pour régler son compte à la grande famille du cinéma une bonne fois pour toutes ! Blood Red, c’est l’alliance de l’ancien et du nouveau : d’un côté, le vénérable Paul Naschy bien sûr ; de l’autre, le jeune Christian Molina dont c’est la première réalisation. Sauf que la sauce ne prend pas. Les meurtres perpétrés par le bras vengeur de Thevenet s’égrènent de manière linéaire et manquent désespérément de sang ! (il suffisait de se souvenir du titre les gars !) Faute impardonnable, la bonne idée d’offrir un défilé des super stars du crime est sous-exploitée, les caractéristiques des personnages de cette prestigieuse galerie se résumant à leur look. On est loin de l’anthologie des grandes figures historiques de l’horreur incarnées par un Grand Ancien du cinoche. Ultime faute de goût, une mise en scène tape à l’œil qui joue la carte de l’esbrouffe alors que le classicisme s’imposait. Seule consolation : on imagine le pied qu’à dû prendre Naschy à orchestrer le massacre – même s’il n’est pas complètement jouissif – des producteurs et autres yes men de l’industrie cinématographique espagnole ! Naschy s’autorise aussi une petite réflexion sur la violence, au détour d’une sous-intrigue à propos d’un snuff movie.


Blood Red

Dreamship Surprise – Periode 1 de Michael Herbig a constitué l’OVNI de service lors de l’incontournable Nuit du fantastique. Cette parodie teutonne des space operas à la Star Trek et Star Wars, menée par un duo gay abruti manifestement échappé de la télé (dont Herbig lui-même), croisement improbable entre Wayne et Garth et Chevalier et Laspalès (avec un zeste d’Eric et Ramzy pour le côté tête à claques), est le rejeton dégénéré de Retour vers le futur, Les visiteurs et La folle histoire de l’espace. On se demande d’abord ce qui se passe, on s’esclaffe parfois, on hallucine souvent puis, rapidement, on baille : les sketches (pardon : les scènes) à l’humour parodique hénaurme et kolossal deviennent vite pénibles, limite insupportables. Manifestement, l’abus de schnaps frelaté et de jus de choucroute en intraveineuse fait des ravages en Allemagne. A moins que ce ne soit les décennies de matraquage intensif de Derrick qui leur aient ramolli le bulbe… Et il paraît que le film a cartonné là-bas… Bref, un nanar intersidéral à des années-lumière de Galaxy Quest ! Petit bonus pour les masos et autres pervers qui seraient tentés par la chose : les images de synthèse tiennent franchement la route, surtout au vu du budget qui s’élève à quelque 9 millions d’euros.


Dreamship Surprise

Durant cette même Nuit du fantastique, on trépignait d’impatience à l’idée de découvrir le potentiel fun de Shaolin versus Evil Dead du Hong Kongais Douglas C.T. Kung. Un titre plein de promesses, une déception à la hauteur des attentes ! Fou qu’on était, on imaginait un déferlement de bastons entre des bataillons de moines ‘trop la classe’ shaolin et des hordes de zombies à l’hygiène corporelle approximative. Et c’est (à peu près) ce à quoi on a droit dans la scène d’ouverture. Puis, retournement de veste intégral, du bavardage à n’en plus finir et du burlesque pas drôle mâtiné d’art martial… Et une fin abrupte qui déboule sans prévenir, suivie d’un générique final bourré d’extraits alléchants ! « La suite au prochain épisode ? Mon cul oui ! ». On appelle ça une arnaque.


Shaolin Versus Evil Dead

Le sud-coréen R-Point réalisé par Kong Su-Chang s’annonçait comme une variation originale sur le thème rabâché des fantômes. Lors de la guerre du Vietnam, une patrouille de soldats coréens est envoyée à la recherche de frères d’armes déclarés morts six mois plus tôt, mais qui pourtant envoient encore des messages de détresse. Exercice difficile que de concilier les atmosphères vaporeuses et troubles propres au film de fantômes avec les explosions de violence du film de guerre. Point de rencontre des deux genres : la tension liée à l’attente, à cette sensation d’être observé en permanence qui finit par dégénérer en paranoïa contagieuse. Kong Su-Chang s’en sort correctement mais sans plus. A force d’essayer d’installer un climat lourd et poisseux, il s’embourbe et tourne en rond, comme ses personnages. Le film se perd en chemin et les spectateurs avec lui. Décidément, gérer la lenteur sans devenir chiant semble le défi que bon nombre de films fantastiques récents (asiatiques ou pas) échouent à relever.


R-Point

Autre exemple : le film d’animation japonais Tamala 2010 : A Punk Cat In Space du duo t.o.L. (trees of Life) qui, malgré le capital sympathie de sa féline héroïne, peine franchement à captiver. Réussite technique et artistique, le film, à l’esthétique entre animation flash et cartoons rétro en noir et blanc, se résume à une succession de séquences qui s’apparente plus à une compilation de clips techno arty qu'à un long-métrage. C’était probablement le but des réalisateurs-scénaristes-compositeurs-designers qui ont surtout l’air de s’être éclatés à parodier les logos et slogans propagandistes de notre société de (sur)consommation. L’histoire mystico-lourdingue est d’ailleurs désamorcée (consciemment ?) par un ironie permanente qui se porte aussi sur l’intrigue elle-même. On sourit souvent mais c’est looong et bien moins fun qu’une petite partie de ce bon vieux WipEout 2097 habillé par Designers Republic !


Tamala 2010 : A Punk Cat In Space

Le Casshern de Kazuaki Kyriya est un autre cas (cerne, ah ah ah !) intéressant à examiner. Salle archi-comble pour découvrir ce film qui a fait couler tant d’encre. Alors, chef-d’œuvre révolutionnaire ou bouse prétentieuse et chichiteuse? Le verdict d’une partie vociférante du public est sans appel : beurk ! Il est vrai qu’on perd parfois le fil de l’intrigue qui brasse sans complexe une foultitude de thèmes chers à la SF cyberpunk nipponne (en vrac : manipulations génétiques, héros modifiés, dictature militaire, savants idéalistes ou arrivistes, exploitation des plus faibles, domination culturelle, intolérance, humanité menacée, destruction de la nature,…). Un scénario qui prend à malin plaisir à compliquer inutilement une histoire simple et qui se perd trop souvent dans les méandres de dialogues kilométriques. Du coup, les impatients et turbulents n’ont pas résisté : ils ont chambré le film qui s’en est pris plein la tronche ! Dommage qu’ils n’aient pas laissé sa chance à Casshern, incapables de laisser leur putain d’incrédulité cynique au vestiaire et de regarder un film au premier degré (« - Moi je suis un fan puriste de fantastique, on ne me la fait pas ! - Ouais ben ferme-la gros malin et me pourris pas ma séance ! ». On sent bien que j’ai la haine là ?). D’accord, le film (142’) dure minimum une demi-heure de trop (qui a dit une heure ?). OK, les scènes d’action sont noyées dans une esthétique rétro-futuriste qui vire de temps en temps à un encombrant fatras kitsch. Mais, franchement, certaines d’entre elles sont tout simplement du jamais vu à l’écran ! Ca fait tout de même un bien fou d’assister à de telles fulgurances virevoltantes et décomplexées qu’on croirait tout droit sorties d’un anime ou d’un jeu vidéo ! On peut trouver ces expérimentations loupées et le film bourré de défauts, celui-ci n’en vaut pas moins le détour.


Casshern

Cela nous amène, mine de rien, à la conclusion de ce petit compte-rendu. Sans prétendre avoir une vue globale de la programmation, je suis sorti du Festival avec un léger goût de trop peu. Pas quantitativement (il a fallu se contrôler pour éviter l’indigestion !), mais bien qualitativement. Ne dramatisons pas le constat : des découvertes telles que Night Watch et Shallow Ground font toujours sacrément plaisir, mais rien cette année qui vous scotche à votre siège et vous décroche la mâchoire. Un cru moyen donc. Par contre, il y a peut-être un souci avec l’ambiance qui règne pendant les projections… On va bien sûr m’accuser d’être un vieux rabat-joie, mais j’ai comme l’impression que les cris rituels, commentaires et autres bavardages rythmant les séances deviennent omniprésents, au gré de l’humeur de certains et au risque de bousiller le plaisir des autres spectateurs. Les films servent désormais de prétexte à un stupide concours de répliques lancées par des types qui se croient spirituels. C’est marrant et ça fait passer le temps quand on subit un navet mais, à part ça... Les organisateurs vont devoir réfléchir à la question un jour ou l’autre : folklore lourdingue et irrespectueux ou cinéphilie décontractée et généreuse ? Il va bien falloir trancher, histoire de ne pas s’enfermer dans un confortable petit ghetto… D’ici là, rendez-vous en mars 2006 pour de nouvelles aventures !